Ma Nikki-thérapie

Derrière chaque personne se cache une histoire.

Retour trois années en arrière, en Australie. Je suis partie à l’autre bout du monde après cinq années d’études en communication et marketing pour profiter d’un WHV (Working Holiday Visa) : l’alternance entre vacances et jobs pendant une année afin de découvrir un autre pays et me confronter à une nouvelle expérience personnelle.
Neuf jours après mon arrivée, le 27 novembre 2015, une sacrée « nouvelle expérience personnelle » a surgi dans ma paisible petite vie du seizième arrondissement de Paris.
J’étais accompagnée de Sidonie lors de ce voyage. Nous l’appellerons Sidonie, pour ne pas lui accorder plus d’importance que nécessaire, la plupart des gens connaissent très bien son identité et puis je n’aime pas prononcer son vrai prénom et il m’a fallu du temps avant d’interpeller mes copines homonymes par leur prénom.

Sidonie venait d’un petit bourg normand et n’avait pas connu d’amitié victorieuse depuis son enfance. A vrai dire, je l’avais rencontré lorsqu’elle me manucurait les ongles dans le salon de beauté de mon amie. Elle portait un roux vénitien et ses tâches de rousseur sur sa peau pâle lui donnait un air juvénile. Imaginez un personnage tout droit sorti d’une nouvelle de Maupassant, tout comme Elisabeth Rousset, elle venait d’un milieu rural mais n’exerçait pas le même métier, entendons-nous . A l’époque où je l’ai connue, elle n’avait pas d’amis, pas de famille sur place et j’avais à vrai dire un peu de la peine pour cette jeune fille solitaire. Elle était assez gauche et avait un accent populaire résonnant comme les Ch’tits qui donne cet air sympathique. D’ailleurs, on lui aurait donné le Bon Dieu sans confession. J’avais donc crée des liens avec Sidonie, si bien que nous décidâmes de faire ce voyage à deux. Ensemble.

Ce jour là, Sidonie était au volant, nous avions dormi pour la première fois de notre vie dans un camping, dans notre van, loué pour ce road trip qui devait durer un mois. La soirée fut excitante, nous découvrions les joies des douches communes et rions comme des gamines. Je me souviens aussi que nous avions dû nous laver les dents sur notre campement et que nous avions l’impression de vivre Koh Lanta – avec tout le confort dont ils ne bénéficient pas.
Nous étions à 9 kilomètre au Nord de Deepwater, sur la route New England Highway. Il était 11H30. Lorsque Sidonie fit tomber sa cigarette au sol du van, nous emportant dans une perte de contrôle totale du véhicule. Lors de cette envolée en enfer, j’ai lui ai dit : « nous allons mourir », d’un ton calme, le temps de cette phrase, la voiture était stoppée dans les airs, mettant sur pause le bruit infernal des cailloux et de la tôle de la voiture.
A l’issu d’une dizaine de tonneaux, le van s’est finalement arrêté, avec une chance inouïe d’être toujours consciente, donc en vie. Je me souviens même que lors de l’arrêt, la musique était toujours en marche, un album acheté la veille, une compilation « pop rock » des années 80 tout à fait satisfaisante pour un road trip australien.
Sidonie put immédiatement s’extraire du véhicule tandis que je dus restée plus d’une heure recroquevillée sur moi-même pour attendre les secours avec des douleurs atroces, des nausées, de nombreuses mouches sur mes plaies. En effet, m
on bras gauche était malheureusement bloqué car très abîmé et il m’était impossible de me retirer du véhicule sans y laisser la moitié de mon bras. Un homme, d’une cinquantaine d’année, témoin de l’accident, me tenait la main et tentait de me rassurer et de me tenir éveillée. On aurait dit un de ces cow-boy sorti d’un Clint Eastwood avec sa chemise à carreaux et qui me parlait avec douceur et bienveillance malgré sa grosse barbe et sa carapace de dur à cuir.

Après une heure d’attente interminable, les secours sont arrivés et m’ont endormie afin de m’extraire du véhicule puis de me transporter en hélicoptère à 400km, au Gold Coast Hospital. Lors du transport, je me suis réveillée quelques fois et les moments où j’étais endormie me donnaient le sentiment d’être morte. J’ai même l’impression d’avoir voyagé dans les astres, mais je n’en parle pas trop, de peur qu’on m’interne.

Je vous passe les différentes opérations de greffes osseuses et compagnie que j’ai vécu depuis 3 ans, un véritable chamboulement dans mon corps et dans mon âme aussi, beaucoup de questions sans réponse. Cela m’a changée physiquement, psychologiquement, moralement, socialement… Je crois que le plus gros traumatisme de ma vie ne fut finalement pas cet accident, mais l’abandon. L’abandon, le rejet, l’ignorance, mettez-y le mot que vous voudrez, le silence de Sidonie à notre retour en France. La lâcheté cache sûrement une grande culpabilité. Cependant cela m’a brisée le coeur, cela a brisé tout mon être en mille morceaux. Je lui voulais du bien, qu’elle soit entourée, plus jamais seule et c’était finalement mon tour d’être seule. Ironie du sort. Ce traumatisme malheureusement n’est aujourd’hui toujours pas réglé et je le garderai en moi pour toujours.

C’est la première fois que j’en parle publiquement, officiellement, que j’assume d’avoir été abandonnée par la personne qui m’a causée des mois d’hôpital, de rééducation, de pansements, de douleurs, d’alitement, de médecins en tout genre.

Toute cette longue histoire que je n’avais d’ailleurs jamais autant détaillée, est en réalité pour vous parler de Nikki, la belle et joyeuse Nikki. Je l’ai tant désirée et attendue que lorsque Colette m’a annoncée sa naissance, j’ai pleuré, comme si j’avais eu un bébé, avec juste les bénéfices de bonheur et sans les douleurs (haha). L’attente des deux mois a semblé une éternité, alors je n’ose pas imaginer comment font les femmes enceintes pour attendre neuf mois… et puis enfin, elle est arrivée. De surcroît, des doutes se sont installés : vais-je être à la hauteur ? Vais-je vraiment pouvoir prendre soin d’elle ?

A peine quelques heures passées ensemble, je pouvais répondre positivement à mes objections. Le sentiment d’amour inconditionnel a pris tout son sens lorsque je m’endormais auprès d’elle – et encore aujourd’hui. J’étais tellement importante pour ce petit être que je n’avais pas le droit, plus le droit de déprimer, plus le temps de me lamenter, non, je devais me relever, sortir, rendre heureuse cette petite chose vivante. Je sais que pour les non propriétaires de chien, mes mots peuvent paraître embellis ou disproportionnés mais c’est la façon dont j’ai et je ressens les choses envers Nikki. Je le pense du fond du coeur, elle a été ma sauveuse, à un moment de ma vie où je n’avais plus de motivation. Je ne veux pas rentrer dans des débats larmoyants en vous expliquant les crises de désespoir que j’ai pu vivre. Et malgré tout l’amour autour de moi : ma famille, mes amis, mon amoureux, rien n’a pu soulager ma peine. Jusqu’au jour où Nikki est apparu dans ma vie, ma plus belle thérapie. Elle ne doutera jamais de moi, elle ne m’abandonnera jamais et elle m’aimera en retour, inconditionnellement.

Je tenais vraiment à vous raconter cette étape de mon parcours personnel, et je pense que si je relis ce texte dans deux heures, je voudrais déjà rajouter des choses et encore plus avec le temps, c’est pour cela que je ne le relirai pas et le posterai d’une traite, donc désolée pour les fautes, les erreurs de grammaire. J’ai juste écrit avec mon coeur, j’avais besoin de vous offrir ce morceau de mon coeur après les presque 500 euros récoltés pour Ella et pour notre association en cours de création. Je crois en Dieu, je crois au destin, et ce n’est pas pour rien que cette petite Ella s’est retrouvée sur mon chemin.

Merci à toutes et à tous pour votre soutien ! ♥♥♥

 

PS : Je ferai à nouveau un article plus « sérieux » et « scientifique » sur l’apport thérapeutique des animaux. Là, c’était surtout pour que vous me découvriez un peu plus.

 

 

3 Replies to “Ma Nikki-thérapie”

  1. Toujours autant de plaisir à te lire ❤️
    Les mots sur les maux sont également une thérapie, mais je te rejoins de tout cœur dans ta façon de voir les choses avec ta merveilleuse Nikki. Les chiens, même les animaux en général, sont tellement plein d’empathie qu’ils seraient un réel exemple pour bien d’humains. Pour ma part, je ne conçois pas ma vie sans être entourée de leur amour inconditionnel et sans leur présence au quotidien. Je reconnais volontiers, sans peur d’être jugée, que la perte de certains de mes compagnons était bien plus douloureuse que pour certaines personnes.
    Je te souhaite plein de bonheurs avec les tiens et tes 4 pattes d’amour, autant que ton visage toujours souriant et tes textes nous apportent.
    Bonne continuation

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